La validation des acquis de l'expérience |
Journée du 30 septembre 2003 |
Accès
au module environnement écoles |
Ce que pensent les écoles… |
CEFI- CEIFCO-CNAM |
Retour à l'introduction |
Le 30 septembre 2003 le CEFI et le CEIFCO ont organisé une journée sur le thème de l'application de la VAE aux formations d'ingénieurs, avec l'appui de la Chaire de formation des adultes du CNAM (Pierre Caspar). Les débats - programme détaillé - ont été consacré dans leur première partie à un apport de personnes déja engagées à divers titres dans la mise en place de la VAE ( dont Vincent Merle et Marie-Odile Paulet).
Table ronde de l’après-midi
|
Pour se procurer les actes de la Journée s'adresser
au CEFI publications-cefi@wanadoo.fr |
Pierre CASPAR introduit l’après-midi en rappelant que la matinée avait été consacrée à la philosophie du dispositif mais que déjà des questions concrètes ont émergé : coût, implication des employeurs, productivité, nature du travail en lien avec les NTIC, rôle des accompagnateurs, « grands nombres », VAE et formation à l’esprit d’école, lien emploi/formation, potentiel de progression des candidats, « dé subjectivation » des diplômes, valeur marchande d’un diplôme, …L’après-midi sera donc consacrée à la présentation de pratiques, au « dessous des cartes ». Quatre « témoins » vont répondre à trois questions :
- Quels enjeux et quelle implication dans la VAE ?
- Que se passe-t-il dans leur institution en matière de VAE ?
- Les prospectives : à travers ce qu’on observe, quelles perversions sont envisageables, quels « faits porteurs d’avenir » se dessinent ? Qui sont-ils ? Quelle est leur implication dans la VAE ?
Présentation des intervenants
Françoise d’EPENOUX Institut National Agronomique Paris-Grignon
En poste pour la VAE depuis 2002 ; mi-temps, directrice adjointe de la formation continue ; mi-temps, responsable de la VAE.
Dès le début le Ministère de l’Agriculture a fourni les moyens pour permettre aux institutions sous sa tutelle de se lancer (dans l’enseignement technique et dans le supérieur). 26 établissements supérieurs publics et privés ont constitué un réseau pour mettre en œuvre la VAE dès la rentrée.Deux notes de service sont parues en janvier 2003. 40 demandes de VAE pour des diplômes d’ingénieurs agronomes supérieurs sont en cours (dont trois à l’INA-PG).Parallèlement, les responsables ont réalisé un travail interne aux écoles : information interne, animation de groupes de travail .
A l’heure actuelle, chaque école a réalisé sa fiche destinée au RNCP. Ces fiches sont encore imparfaites mais elles ont le mérite d’exister. Si tout va bien, elles seront effectives fin 2003.
Un groupe comprenant des enseignants chercheurs a travaillé pour affiner les procédures de communication.
Actuellement, un groupe travaille la grille de lecture de l’expérience destinée aux membres des jurys.
Philippe CREMERY
Intérêt pour la VAE à plusieurs titres :
- Travaille en Formation Continue à TROYES (Université technologique)
Un projet VAE a été accepté à TROYES ; des questions sont posées par le monde professionnel.- Président du réseau Fontanet (filière de formation continue), il porte un intérêt à la validation des acquis. Dans la filière Fontanet, durant le cycle préparatoire il est d’ores et déjà possible d’obtenir des dispenses de modules sur la base de la validation des acquis.
- Le décret de 1985 a suscité l’intérêt universitaire et TROYES a des expériences fortes à ce niveau. Le décret de 1992 a donné lieu à moins de développements.
- Intérêt est également engendré par la grande diversité des candidatures dans les filières technologiques et par les parcours attachant et intéressant des candidats.
Un appel d’offre national a été lancé pour 2002-2004. Trois universités de technologie ont répondu, en partenariat avec le CEREQ qui avait déjà travaillé sur des questions proches. Le but est d’outiller les jurys par une grille qui conjugue référentiel diplôme et référentiel métier pour créer un référentiel de compétences. Cette grille est établie grâce à des interviews d’ingénieurs par la méthode ETED.
Jean-François RIALLAND
Au CNAM, l’histoire de la VAE n’est pas linéaire.
Il y a d’abord eu un travail concernant l’alternance et l’apprentissage en formation initiale : il s’agit de définir un métier où chaque partenaire (école / entreprise) apporte sa contribution. C’est déjà une forme de validation de l’expérience professionnelle, puisque celle-ci compte déjà pour moitié dans la validation.
Peut-on aller plus loin ? Les NFI qui permettent la validation académique sont déjà douloureuses ! La réponse est compliquée.
Bernard REMAUD
Trois casquettes :
- Vice-président de la CDEFI qui réunit 150 écoles de l’Education nationale et qui vise à développer le rôle associatif et fournir des informations notamment sur la VAE pour chercher quelles réponses apporter.
- représentant de la famille des écoles universitaires : 50 établissements inter U se sont penchés sur la problématique de la VAE en s’appuyant sur l’articulation Ecoles / universités.
- Directeur de Polytech de NANTES qui a des structures pour la VAE.
Se pose les questions : a-t-on les ressources pour une telle politique ? Quelle motivation des enseignants-chercheurs ? Quel marché ?
Venu ici pour trouver des idées, obtenir des réponses sur le financement et la diversité des demandes.
Comment cela se passe dans les institutions ?
L’implication des enseignants
JF Rialland
Les enseignants ne sont pas convaincus de la démarche. Les écoles, jusqu’à maintenant, délivraient de la connaissance, soumettaient les élèves ingénieurs à des examens qui validaient les acquis. Or, les acquis dans les entreprises ne sont pas essentiellement des connaissances ; il y a donc hiatus. Le référentiel des enseignants concerne les connaissances, pas celui des professionnels. Il est difficile de faire cohabiter deux mondes qui n’ont pas l’habitude de travailler ensemble ; les enseignants chercheurs sont mal à l’aise : comment assurer que les compétences décrites par les candidats font appel à des connaissances ?
Par ailleurs, comment reconnaître la participation des enseignants aux jurys ? Certains estiment que cela fait partie de leurs compétences, d’autres jugent qu’une formation complémentaire est nécessaire.
Françoise D’Epenoux
Les choses avancent lentement : les enseignants initialement réticents, s’impliquent dans la validation au-delà des seules connaissances. C’est un travail de longue haleine. Les référentiels de compétences déclinés dans les fiches du RNCP sont reconnus par les enseignants. Le référentiel est un outil indispensable pour permettre aux jurys de mesurer l’expérience par rapport au niveau et aux champs de compétences de l’ingénieur et ainsi d’attester de la maîtrise des savoirs, des aptitudes et des capacités requises.Ph. Cremery
Les écoles universitaires pratiquaient la « VAP 1985 » et connaissaient la « VAP 92 » du fait de leur proximité avec les UFR. Elles profitent donc de l’expérience des universités. Il y a une mentalité bienveillante des enseignants à l’égard de la VAE par effet d’imprégnation. Pour former un jury, il est nécessaire de cibler des personnes qui ont un rapport étroit avec l’Entreprise.
B. Remaud
Tous les enseignants engagés dans la formation continue ou dans la VAP 1985 se sont impliqués dans la VAE
Monde de l'entreprise et monde de l'enseignement
Question P. CASPAR :Quand le monde de l’entreprise parle avec le monde enseignant, y a-t-il divergence ?
Pour les entreprises, il peut y avoir conflit entre
- le désir de développement personnel des individus et la politique salariale de l’entreprise, d’une part
- les contraintes qu’imposent les Congés Individuels de Formation, d’autre part.
Comment comparer les validations totales DPE et VAE?
JF Rialland
Comment valider la totalité d’un diplôme ?
Ph. Cremery
Quinze demandes seulement ont été recensées dans le réseau des 45 écoles du réseau Fontanet, Polytechnique de Lille a déjà donné des validations partielles (effet FEUTRIE !) avec des travaux complémentaires du type mémoire, mais pas de validation totale.
B Remaud
Comment les écoles qui préparent au DPE, intègrent-elles la VAE ? La seconde ne risque-t-elle pas d’entraîner la disparition du premier ?
R. Boissier (CUST)
Le DPE perdurera. Nous orientons directement les candidats qui souhaitent une validation complète vers le DPE. Nous utilisons la VAE pour les validations partielles.Ph. Cremery
La VAE et le DPE sont deux dispositifs différents. Nous nous devons de présenter tous les dispositifs aux candidats.
M. Pompidou, ENSAM Paris
Le DPE s’oriente vers 5 thèmes, alors que la VAE s’applique à tous les diplômes de formation initiale. Le DPE continuera donc à vivre.
A . MORA (Président de la commission nationale DPE)
- Le DPE n’est pas un diplôme d’établissement
- Il est réservé aux autodidactes
- L’expérience professionnelle doit s’élever à 5 années dans les fonctions d’ingénieur
La commission DPE couvre une vingtaine de spécialités.100 diplômés en 2002. Son inquiétude est que la VAE soit beaucoup plus facile que le DPE et qu’elle lui nuise.Il y a une session par an ; le candidat réalise un dossier et le soutient lors d’un entretien pour prouver qu’il remplit bien les fonctions décrites. Il s’agit d’un sujet de mémoire, soutenu publiquement. Le mémoire donne du sérieux à la démarche. Les jurys proposent son avis au jury national qui le valide ou non ; chaque année, il y a des contentieux. Il est important de s’ouvrir à l’expérience en matière de VAE et de personnaliser les pratiques de la validation, mais il faut peut-être éviter la validation totale et la délivrance de tout le diplôme. Le rôle de l’école est d’abord de former, mais peu de certifier.
F. D’Epenoux
Il faut bien distinguer VAE et VAP. Mais la VAE n’est pas plus laxiste que les examens ! La validation totale est un droit. Pour l’essentiel, les validations réalisées jusqu’à maintenant ont été partielles avec des prescriptions. M. FREUTRIE annonçait l’autre jour qu’une soixantaine de VAE avaient été réalisées, dont 5 totales ; les autres se sont prolongées par de la formation.
P. Caspar
Le fait qu’il puisse y avoir validation sans obligation de passer une UV est une réelle rupture.
B Remaud
C’est une autre culture : Le Diplôme d’Etat n’est pas un diplôme d’établissement.
Mais il ne faudrait pas que la VAE en revienne à « vendre » un diplôme comme on a pu le voir dans certain pays d’Asie.
JF Rialland
La formation continue s’est toujours adaptée aux parcours professionnels. Mais il ne faudrait pas que la VAE nous prive de candidats à la formation, au point qu’on ne puisse pas ouvrir une formation !
Ph. Cremery
On peut rassurer André MORA : le DPE continuera.
MC Pirot (INP Grenoble)
Les candidats du DPE et de la VAE n’ont pas le même profil. Les gens qui viendront en VAE devront présenter une expérience beaucoup plus longue que 5 ans. À l’INP Grenoble, le seul candidat qui a demandé une validation totale ne l’a pas obtenue, malgré ses 21 ans d’expérience et ses responsabilités au sein de l’entreprise.
B. Rivoire (CNAM et CEREQ)
Non ! Ce peut-être les mêmes profils. Au CNAM, pour le DPE, un candidat qui présente 5 années d’expérience dans des missions d’ingénieur peut avoir 15 ans d’expérience professionnelle.
P. Caspar
La crainte légitime est celle du jury « fast diplôme ». Cette crainte provoque plutôt une plus grande exigence de la part des jurys de VAE.M. Pompidou, ENSAM Paris: On n’évalue pas les mêmes choses en DPE et en VAE. Le DPE est beaucoup moins académique : c’est le constat, dans un thème donné, des compétences d’un individu. La VAE évalue les connaissances induites par les compétences. C’est la raison pour laquelle les jurys ont besoin de grilles comparatives ; car il est difficile d’évaluer et de valider des compétences par rapport à une grille de cursus de formation.
Les effets de la VAE
Cl Boyer, ISTP-St-Etienne: Les effets de la VAE sur l’environnement sont :
- L’accès à un diplôme
- La transformation profonde du métier d’enseignant. Il est passé de la formation initiale à la formation continue et maintenant il doit s’adapter à la VAE.
- Il y a une individualisation qui nécessite la transformation des moyens pour enseigner. Il faut un accompagnement beaucoup plus structuré par la formation à distance et les NTIC.
P. Caspar: On est logiquement passé de la formation à la formation ET la certification.
Les prospectives
B Remaud: On peut envisager deux choses :
- L’affaiblissement du diplôme français (presque « sacré »), notamment le titre d’ingénieur qui constituait notre culture.
- Le métier d’enseignant chercheur évolue : il assurait déjà de la formation à distance, il intervient dans la formation continue, il va maintenant valider des compétences par la VAE. Enfin les écoles mettent en place des master internationaux !
Dans 10 ans, les « entreprises » de formation et de certification auront un produit phare (le diplôme) et une gamme d’autres produits, autour. Les petites écoles ne pourront pas réaliser ce type d’offres. Nous avons donc besoin de nous appuyer sur un réseau d’écoles d’ingénieur. Cependant, le marché n’est pas assez porteur : 600 000 cadres, 100 000 à 200 000 candidats potentiels, si 2% se présentent cela représente entre 2000 et 4000 candidats, ce nombre divisé par le nombre d’années et d’écoles, il n’en reste plus que 3 par école ! Mais l’école ne pourra pas assurer financièrement cette charge.
JF Rialland
- L’évolution veut que la formation intègre d’autres lieux que les écoles : par les ECTS et par la reconnaissance de l’expérience. C’est de l’ordre de la complexité plus que du complexe. Il faut également poser la question de l’appartenance à un « clan ».
- Les métiers évoluent. On ne sait pas ce qu’ils seront dans 5 ans. Les étudiants apprennent à évoluer. C’est pourquoi la formation ne doit pas être « professionnelle » avant tout.
Ph. Cremery:
Il y avait trois manières d’obtenir un diplôme : la formation continue, la formation initiale, l’apprentissage : pourquoi pas la VAE ?
La VAE peut être l’aiguillon qui nous permette de mieux comprendre le métier d’ingénieur. Elle peut influencer nos formations.F. D’Epenoux: Les écoles d’ingénieurs n’étaient pas concernées par le décret de 93 : elles entrent donc directement dans la VAE de 2002.
L’avenir dépend de décisions purement politiques. Si les établissements et les réseaux d’écoles se positionnent pour mettre en œuvre la VAE, il faut communiquer auprès des entreprises. Une enquête auprès des entreprises et des financeurs révèle que les DRH considèrent la VAE comme un bon outil de gestion des ressources humaines pour les faibles niveaux de qualification, mais qu’ils ne le perçoivent pas pour les cadres. Les consultants qui se positionnent autour de la VAE vont donc orienter les cadres vers les DESS et non vers les écoles d’ingénieurs, faute de connaître cette compétence des établissements.Si la décision est de ne pas mettre en œuvre la VAE dans les écoles d’ingénieurs, alors il y aura déjà eu trop de moyens investis.
Si les établissements s’engagent dans la VAE, les validations, même partielles, auront un coût : actuellement l’accompagnement et le jury sont estimés à 1500 €. Mais pour le parcours de formation et pour les validations partielles, rien n’est prévu. La VAE peut être une réponse aux problèmes actuels de la formation continue.Ainsi, les difficultés prévisibles sont : montrer les priorités entre les faibles niveaux de qualification et les bac + 5 d’une part et les questions des moyens, si le nombre de demandes augmentent.
C. Bellon (INP Grenoble): On parle de « perversions » et l’on pense à DUT, Maîtrises … Mais la question concerne aussi les diplômes étrangers : des étudiants d’une école peu réputée peuvent venir faire une VAE dans une école mieux cotée ! On n’est plus dans le champ de la loi !
P. Caspar: Si le niveau requis est là … Pourquoi pas ?
F. D’Epenoux : Attention ; il existe la VES (validation des études supérieures) qui offre cette possibilité : pour les diplômes étrangers, notamment ceux des pays de l’Est, nous (spécialistes de la VAE) n’avons pas toujours la connaissance des diplômes en question !
La VES n’est pas la VAE. Quant à cette dernière, elle demande un investissement lourd pour les candidats. Ceux qui viennent, dans l’espoir d’obtenir le diplôme sans effort, renonceront vite.Claude Maury: Un étudiant d’une de nos écoles obtiendrait-il le diplôme par la VAE après 21 ans d’expérience professionnelle ? Certains prétendent que les anciens élèves ne sont pas suffisamment représentés dans les jurys. Mais ils sont souvent hostiles à la démarche.
| Conclusion | P. Caspar |
|
Quelques remarques de conclusions :
|
|